"Un été 84", la bande son

Avertissement: toute ressemblance avec des textes de chansons existantes serait tout sauf fortuite. Hommage sera rendu aux artistes dont l'œuvre a inspiré ce texte. Au passage, le tableau ci-dessous (photo partielle) a été réalisé par mon frère Jacques Bernaudeau, qui vit et expose en Dordogne.

Je me souviens, je me rappelle. Daniel Darc n'avait pas encore composé sa pépite, avant de nous dire adieu. Je me souviens. "Careless Whispers" berçait nos soirées , et nos espoirs. Je me rappelle, Frankie (Goes to Hollywood), avant d'être l'interprète de "Welcome to the pleasure dome", était un supporter de l'ESH, LE supporteur. Petit bonhomme, le seul ultra, il portait un chapeau de cow boy et s'époumonnait, seul, les dimanches après-midi, dans les tribunes de Massabielle. Et dans l'autocar qui emmenait les Herbretais soutenir leur équipe en Coupe de France à Thouars. Je me souviens, du nom de l'entraîneur, Yvonnick Trécan. Attaquant, il avait raté la balle d'égalisation, dans les dernières minutes de la prolongation. Et Thouars, alors en D4 et qui avait gagné seulement 1 à 0, était tombé au tour suivant contre les Girondins de Bordeaux.

Je me rappelle...Avec "Smooth Operator", on était dans la ouate avant l'heure. J'ai vu l'Ethiopienne Sade en concert à Wembley, quelques années plus tard. Vagues réminiscences d'une année londonienne laborieuse, où je jouais au foot dans une improbable Ligue italienne, sous le nom d'emprunt de Enrico Bernardo, car le quota de joueurs "étrangers" était dépassé...Le coach, Gennaro, patron du magasin de Delicatessen de Lewisham, s'obstinait à me faire jouer attaquant de pointe car je n'avais pas le gabarit des déménageurs nord-irlandais  et gallois pour jouer au milieu et ma technique était moins médiocre que celle de ses postulants italiens de la 2e ou 3e génération. Depuis le bord de la touche, il me gueulait des consignes en italien, que je ne comprenais pas. Quand, avec un brin de chance, je marquais le but de la victoire, j'étais leur héros. Le dimanche suivant, sur un terrain inommable du côté de Tottenham, j'avais réussi à rater trois ou quatre occasions immanquables et Gennaro m'avait sorti avant même la mi-temps.

Je me souviens, je me rappelle...Duran Duran avait "The Reflex". Simon Le Bon, le chanteur, ma sœur l'aimait beaucoup. Andrew, le fils de nos amis londoniens, aussi. Andrew nous a fait découvrir "The The", mais aussi un 45 tours sans doute aujourd'hui introuvable "Je suis un rock star"....de Bill Wyman, le bassiste des Rolling Stones. Titre ovni, dans un français plus qu'aléatoire:

"Je suis un rock star
Je avais un residence
Je habiter la
A la south of France

Voulez vous
Partir with me?
And come and rester la
With me in France"....

Duran Duran, je les ai retrouvés en 2007 à Valence. Le patron du défi suisse Alinghi sur la Coupe de l'America à la voile, futur vainqueur, avait invité le groupe de Birmingham pour un concert privé. Pour faire plaisir à sa femme, ex-Miss Angleterre et groupie du chanteur de "Hungry like the wolf".

Au rayon Nouveaux romantiques, un gros faible pour Spandau Ballet ("Only when you leave", "True"...), pas seulement parce que leur nom vient de celui d'un quartier de Berlin. Mais surtout parce qu'il se dégage une grande mélancolie de leurs textes et de leur musique. 

"Only when you leave, you'll leave in danger
Ooh, I'll make sure that you pay
So give a little passion to a stranger
And take this soul away".

Ecouter la bande son de cette époque, c'est comme ressortir une boîte de vieilles photos que l'on avait rangée au fond d'un placard des années plus tôt. Des instants oubliés qui ressurgissent, comme ces interminables voyages en voiture avec nos parents, pour aller skier chaque année en février au Pas de La Case. Que l'on meublait en écoutant "PYT" de Michael Jackson ou "What's going on" de Marvin Gaye, sur le walkman à cassettes. On essaie de s'habiller comme le chanteur de Matt Bianco, Mark Reilly.  "One Night in Bangkok", de Murray Head, nous transportait en Asie. Je n'imaginais pas que j'y passerais des années... On ne ratait ni le Top 50 ni les Enfants du Rock. Et on découvrait je ne sais pas comment Prefab Sprout ("When love breaks down") ou Lloyd Cole and the Commotions ("Rattlesnakes").

Je me souviens, de "Time after time", de Cindy Lauper, de "Holiday" de Madona, de "Purple Rain" de Prince. 

Je me rappelle Marc Seberg et ses "Jeux de lumière" et le "Week end à Rome" de Daho.  Et je n'oublierai jamais cette "Little girl" de Icehouse et "Big in Japan", d'Alphaville, l'hymne d'un été au bord de la mer.

Avril 2018