"Un été 84": Une île

Une île, c'est au milieu de la mer. La mer est salvatrice, elle est douce et chaude. La mer nous baigne dans des parfums de pins et de tamaris..

L'île, au soleil de juillet, est inondée d'élans du cœur et de désirs adolescents. A la tombée du jour, les cyclistes jaugent derrière leurs lunettes de soleil les jeunes filles attablées aux terrasses du Café noir. Les cheveux volent au vent acidulé et chaud. Les corps sont beaux, sentent encore bon. Les corps bougeront ce soir, attirés l'un vers l'autre, dans la fumée, la dance music et les parfums de Malibu. Des lèvres se colleront, des peaux frissonneront, de jeunes vierges, garçons et filles, croiront que ce bonheur ne s'arrêtera plus. Les piquets des tentes résisteront sous les bourrasques du désir et le vent venu du large. Ils s'endormiront, auront donné plus leur âme que leur corps, maladroits et timides, inquiets mais rassurés, le premier vrai amour, le plus altruiste, de la découverte et de l'impatience, de l'extase et du souvenir pour la vie entière.

Fin août, le temps n'en finit plus, la pluie tombe sur notre île. Fred, sur sa 500, enjambe le pont, me retrouve le temps d'une soirée en boîte. L'ESH a eu la bonne idée de venir effectuer son stage de reprise à Noirmoutier. Le foot nour réunit. Nous courons quelques kilomètres au soleil déclinant dans le Bois de la Chaize, la saison va reprendre, sans moi. Bordeaux m'appelle, le début des études, la fin d'une grande insouciance.

Bientôt, il faudra partir. On sent bien que la fracture est là, la fracture du temps, qu'un été a ouverte. Il faudra partir, quitter cette île de bonheur, ces plages d'ardeur, mais sans oublier. Une autre vie va commencer. Adieu mon enfance, mon adolescence, le sel sur nos peaux bronzées, les glaces de la Potinière, les Kriek à la framboise, les frites du dimanche...